Idée reçue : dominance du chien

Le monde cynophile tend à se diviser en deux : ceux qui croient que le chien est un être à tendance dominante (car il descend du loup) et ceux qui remettent en question ces théories.

Aussi pouvons nous voir deux approches différentes du chien. La méthode traditionnelle, qui est très largement rependue car elle se base sur des données scientifiques anciennes (qui ont été remises en question depuis, surtout pour l’éthologie et les origines du chien). Cette méthode a tendance à mettre l’humain en situation de chef de meute, qui doit maitriser la bête, la dominer. Normal me direz-vous ! Car sinon, le chien par ses comportements va prendre la place du chef de famille et dominer (la preuve quand il monte sur le canapé, il est bien à la place du chef non ?, ou qu’il refuse d’obéir à son maître, c’est bien qu’il veut remettre en cause son autorité ?). Cette façon de faire implique de tirer sur la laisse pour que le chien suive, de lui appuyer sur l’arrière train pour qu’il s’assoie, d’utiliser le collier électrique, à pointe, étrangleur etc etc.. Et bien sur de ne pas le laisser prendre des places qualifiées d’avantages du dominant. Quitte à le secouer par la peau du cou (comme le ferait la mère !) pour bien lui apprendre qui est le chef. Souvent nous entendons alors des faits tels que « c’est une malinoise, elle n’aime pas ses congénères », « cette race là est dominante, faut la mater » etc.

La méthode dite « positive » implique de voir le chien différemment. Le chien est vu comme un partenaire de vie, une espère différente, avec des besoins différents. Et nous humains, nous devons connaitre ce qu’est un chien pour que la relation entre nos deux espèces soit la plus belle possible. Ainsi, respecter les étapes du développement du chiot, les étapes de l’apprentissage, et savoir récompenser les « bons » comportements. Ne plus voir notre chien comme un être qui veut prendre notre place par tous les moyens à sa disposition rend la relation bien plus saine et sereine. Comprendre que si il aime monter sur le canapé, c’est peut-être parce que cela le rassure d’être dans l’odeur de ses humains, que s’il tire en laisse en sortant de la maison c’est qu’il a hâte de se soulager, qu’il a le droit de grogner pour avertir que la situation ne lui convient pas… Tout cela permet de vivre avec son chien une relation basée sur la compréhension, la confiance mutuelle et le respect.

Notre compagnon de tous les jours serait un descendant plus ou moins direct du loup, et il aurait les mêmes besoins que son ancêtre. Le loup serait un animal de meute, dans laquelle il y aurait un couple alpha qui gererait l’ensemble de la meute (territoire, nourriture et reproduction).

Voici un texte copié du livre de Jacinthe Bouchard (formatrice en comportement animalier), « Syndrome de l’assis ».

« J’ai personnellement beaucoup de difficulté à imaginer un homo sapiens, normal à l’époque, avec une espérance de vie d’à peine 20 ans, se lever le matin avec le désir d’apprivoiser un loup. Le loup est son pire ennemi ; tous deux chassent le cerf ; tous deux se disputent le même territoire. Ils évitent tout affrontement parce qu’une blessure signifie souvent une mort prématurée.

Mais bon, utilisons le côté droit de notre cerveau, le coté moins cartésien et imaginons, pour un instant, la scène suivante :

Il était une fois, un homo sapiens, que nous nommerions Joe pour la circonstance, qui, ne trouvant rien d’autre à faire cette journée-là, malgré toutes les recommandations de sa famille, se décide à apprivoiser un loup. Sur le mur de sa caverne il inscrit ses tâches à faire :

1. Joe doit trouver un bébé loup qui n’a pas plus de 19 jours. Pour des résultats optimaux ; il faudrait commencer l’imprégnation à la 10e journée (Dr. Eric Klinghammer, Wolfpark, Indiana, E.U) car après cette période, le louveteau est déjà trop sauvage pour être approché, il va mordre et se laisser mourir de faim.

Disons que Joe est chanceux, il trouve ce louveteau (en imaginant qu’il a convaincu la louve et la meute de ses bonnes intentions.)

2. Joe doit convaincre sa femme de l’allaiter. Et oui ! Pour les 3 premières semaines, le louveteau doit boire du lait. Admettons que la femme de Joe accepte de séparer son maigre lait entre son enfant et le louveteau. Il faut aussi dormir avec lui pour qu’il s’imprègne de l’odeur humaine en plus de l’aider à déféquer et uriner. Mais Joe est vraiment un homme privilégié. Il a la chance d’avoir une femme compréhensive qui l’appuie dans tous ces projets d’homo sapiens.

3. Le louveteau grandit. Il faut maintenant partager le repas de viande avec lui. Joe consent à partager la ration de son enfant avec le loup. Il n’a qu’à lui donner des restants me direz-vous… Non, vous répondrais-je. En ces temps-là, il n’y avait pas de restants. Tout était utilisé ; le muscle pour se nourrir, les entrailles et la peau pour fabriquer des abris et des vêtements, les os pour faire des outils. Rien n’était de surplus. Mêmes les excréments servaient souvent comme combustible ; c’est l’origine des briquettes de charbon.

Le louveteau est adolescent et Joe se rend vit compte qu’il ne vient pas quand il l’appelle, qu’il n’est pas propre dans la hutte, qu’il a peur de tout et qu’il devient dangereusement agressif envers son fils lors du partage des repas. « Pas un très bon animal de compagnie », pense-t-il ! « Quoi faire ? Quoi faire ? »

Pour garder des loups en captivité, il faut de gros enclos : trois mètres de haut et un mètre de profondeur dans le sol. Je ne crois pas que Joe ait construit ce genre d’enclos. Et vous ?

Ce qui est triste dans cette histoire, c’est que tous les efforts de Joe se sont avérés vains. Les descendants du loup de Joe ne sont pas et ne seront pas plus sociables. La socialisation ne se perpétue pas. La socialisation n’est pas génétique ainsi le loup de Joe a probablement terminé dans la marmite, au grand plaisir de tous ».

Suite dans les prochains articles !

Sources : sites Cynopsis , Autour du chien

Photo : CC gopal 1035

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8 commentaires sur “Idée reçue : dominance du chien
  1. amon dit :

    Dans le livre de Joel Duhasse (http://noschiensetnous.xooit.fr/t1761-Tout-sur-la-Psychologie-du-Chien.htm#p22888) que je suis entrain de lire, il part du principe que l’Homme n’a pas domestiqué le loup, mais que ce sont les loups, du moins certains d’entre eux, qui se seraient rapprochés de l’Homme.
    Les loups ayant le moins peur de l’Homme, des loups qui auraient une « tendance » à être plus sédentaires que les autres (le loup est un animal nomade).
    Bref plutôt qu’une adoption unilatérale, on serait plus sur une entente mutuelle. Du moins au départ.
    Car avec le temps, l’Homme a commencé à sélectionner les loups/chiens qui correspondaient le mieux à ses besoins et/ou des tâches spécifiques.
    Voilà pour les origines (je vous laisse lire le bouquin pour le reste)

    Concernant cette histoire de dominance bah là y a du taf et à tous les niveaux. Entre ceux qui se prennent pour le « chien alpha » et ceux qui sont dans le « chien est l’égal de l’homme ». En gros entre ceux qui y vont de manière brutale et frontale et ceux qui « éduquent » leur chien à la mode « petit bébé à sa maman à qui ont laisse tout faire ».
    Le chien a besoin d’un cadre fixe est bien établi, après chacun fixe les règles qu’il veut et comme il veut.

  2. Kanidikoi dit :

    Un cadre fixe pour le rassurer et qu’il puisse dormir sur ses deux oreilles. J’ai lu ce livre, en avec aussi cette théorie. C’est vrai qu’il est difficile de savoir qui a raison. Enfin, le chien est un être vivant d’une autre espèce, il n’est pas mieux ou moins bien que l’humain, il est différent. A nous de lui donner ce dont il a besoin et de ne pas sombrer dans l’anthropomorphisme !

  3. amon dit :

    Tout à fait.
    le chien que nous côtoyons a été façonné et modifié en profondeur par l’homme pour s’adapter à nos besoins.
    Rien que pour cela nous lui sommes redevables et par conséquent lui accorder un maximum de respect.

  4. mutuelle des enfants dit :

    il n’est pas rare de voir une entente mutuelle entre des chiens dits dominants.

    paula

  5. drfrancois dit :

    Bravo pour cet article !
    Les mentalités évoluent, je le vois tous les jours.

  6. chauvin cyril dit :

    Bonjour,
    jolie pensée mais faisant effectivement appel au côté droit du cerveau 🙂 Imaginer ce que pourrait être une rencontre entre un loup et un homo sapiens ? Je trouve cela sans fondement : une expérience qui dure depuis plus de 20 ans sur des renards tend à prouver que bien qu’il soit de nature très sauvage, craintif et agressif on peut arriver à sélectionner des individus dont descendants sont de plus en plus docile et dont d’ailleurs la morphologie rejoint de plus en plus celle du chien. Donc il se peut effectivement qu ‘avec le temps l’homme est pu transformer le loup en petit toutou. Et le caractère sauvage dépendrait bien d’un ou plusieurs gènes.

  7. mutuelle bleue dit :

    la confiance mutuelle est bien la seule théorie valable a l’entente entre hommes et chiens

    Laurence

  8. chauvin cyril dit :

    LA confiance et le don de soi pour l’autre.

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